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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 11:23

Bien que je n'aime pas particulèrement Voltaire, autant ses oeuvres (à part Candide, mais c'est parce que le perso est trop chou) que la personne en elle-même, ayant relu dernièrement Micromegas, ça m'a inspiré pour écrire une petite nouvelle. Ca faisait longtemps que je n'avais plus écrit, depuis les précédents récits ci-dessus en fait (bien sûr je ne compte pas les scénarios de mes films amateurs, c'est pas pareil). Alors pour m'amuser, et parce que j'avais envie d'un peu d'histoires de nu je m'y suis mis ce matin. J'y ai pas beaucoup travaillé pour être honnête (comparé aux autres que je faisais en plusieurs heures, celle-ci je l'ai faite en exactement 2 seulement), c'était juste pour passer le temps, mais je suis quand même assez content de ce que j'ai fait, car je n'ai jamais supporté la brutalité tant des enfants que des adultes, vis à vis des insectes, et la façon bornée que beaucoup ont de totalement déconsidérer leur droit de vivre.

 

Nouvelle bonus : Méga-micros

 

Nous arrivâmes enfin sur Terre, notre destination de vacances. C’était une planète à peine plus grande qu’une petite bourgade de chez nous, et, comme une île, bordée de plusieurs mini-bassins dans lesquels il n’était pas bon de se baigner. En effet, pour rependre l’expression de Grand-Mère, l’inconvénient sur Terre, c’est que « ça grouille d’insectes ». « Des sales bêtes moches et inutiles » rajoutait-elle, en aspergeant de son insecticide une fourmilière de bitume qui s’était installée là où autrefois elle cultivait son jardin d’été. Il faut dire que cela faisait au moins vingt siècles qu’elle n’y était plus retournée.

De son côté, Bébé jouait avec sa loupe pour observer de plus près ces êtres minuscules. Bébé reproduisait souvent ce qu’il voyait, où était le mal, c’est ainsi qu’il grandissait. Et quant il voyait de ces bestioles primitives, qui dès l’enfance mutilaient des bestioles encore plus primitives, il voulut essayer la même chose. Quand un bambin de ces créatures que nous appellerons « humains », s’en pris à une autre que nous appellerons « fourmi » en la découpant en morceaux, Bébé voulut voir ce que l’on pouvait y ressentir. Il chopa l’enfant et le dépeça. Il ne comprit pas. Cette violence ne faisant pas partie de l’éducation que nous lui portions, il ne connaissait rien du sadisme. Quand il vit un autre petit humain couper les ailes de ce que l’on peut baptiser « papillons », Bébé décida de lui couper les bras. Là encore, il ne semblait pas s’amuser. Peut-être qu’en répétant le geste une dizaine de fois, il comprendrait ce plaisir ?

Les insectes, eux, étaient terrorisés. Ils voyaient Bébé comme un monstre, alors qu’il n’imitait seulement que leurs propres actions. Mais moi je n’aimais pas que mon fils maltraite plus petit que soi. Grand-Mère me disait « De toute façon, il y en a des tas tous pareils qui pullulent et se gangrènent sur toute la surface de cette planète, alors un de plus ou un de moins ! ». Seulement, dans la forme, la suprématie et l’indifférence pour ce qui vit n’étaient pas des valeurs que je voulais enseigner à Bébé. J’étais son père, c’était à moi d’en décider. Et il se devait d’apprendre que même les plus petites, les plus inutiles, et les plus moches bestioles avaient un droit d’exister que l’on ne pouvait prétendre faire bien de le leur retirer. Ceci dit, à cause de l’ennui, je commençais moi-même à m’intéresser à ces humains. Je n’arrivais pas à concevoir leurs cultures, et de leur côté, ils ne semblaient pas même chercher à concevoir les nôtres : pour eux nous étions des envahisseurs. Je décidai alors de les étudier de plus près.

Grâce à un camouflage de notre technologie qui nous rendait imperceptibles pour des êtres si rudimentaires, je pus m’en approcher et les épier durant leur évolution. Avec Grand-Mère qui était partie à la pêche à la baleine « plutôt que de s’abaisser à ce genre de futilité », et nous qui étions devenus invisibles à leurs yeux, ils pensèrent nous avoir finalement chassés, et reprirent leur vie comme si de rien n’était, comme si de nouveau ils étaient les centres de l’univers que nul ne pouvait atteindre. Je découvris rapidement que comme nous, ils traversaient tout au long de leur existence, plusieurs étapes manifestes : le bas âge, l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte – celui le plus long -, et la vieillesse. Ils ne vivaient pas bien longtemps, pas même un siècle, ce qui pour nous n’est que poussière.

Ainsi, tant leur taille, que leur culture, que leur durée, me paraissaient « méga-microscopiques ». Mais je n’avais pas la prétention de considérer en avoir déjà fait le tour. Il me fallait en analyser ne serait-ce un de plus près. Je choisis de me procurer un spécimen qui serait à la fleur de l’âge, entre l’enfant et l’adulte : l’adolescent humain.

Je savais où en attraper un, dans une sorte d’institut où ils étaient dressés selon les mœurs de leur civilisation. L’un d’entre eux attira plus mon attention. De sexe apparemment masculin, il devait avoir seulement dix-sept ans. Ayant suivi sa vie quotidienne pendant plusieurs jours, je pus noter un engouement autour de sa personne qui laissait supposer qu’il devait faire partie des plus beaux de son espèce. Si tel était le cas, j’avais l’occasion d’examiner un humain de qualité.

Ce matin-ci, alors qu’il franchissait le portail de ce qu’il nommait un « lycée », je me résolus de me l’approprier. Tout d’abord, avant de le récupérer, je lui enlevai par le biais d’une pince délicate, les étranges ornements de tissus que tous ici enfilaient par-dessus leur corps. Je les comptai, il en portait huit. Une fois à nu, devant ses semblables qui eux semblaient plutôt égayés par son sort, je le capturai. Et, après l’avoir installé sur mon microscope, je pus le contempler. Il fallu l’attacher minutieusement et sans le blesser, car apeuré, il ne cessait de gesticuler. Après plusieurs lunes où je dus le nourrir, et m’en occuper comme un animal de compagnie en miniature, je fus satisfait de mes introspections quant à ses réactions et à son anatomie. J’en vins donc à sa dissection, pour comprendre sa structure organique. Mais à peine avais-je approché mes scalpels de lui, que je détectai dans son regard, une toute nouvelle émotion de laquelle je ne sus rester indifférent. Cela me dissuada, je n’étais pas insensible à sa douleur qui me parut d’un coup évidente. Tant pis pour mes travaux, si je veux répéter l’opération, peut-être devrais-je prendre un cobaye qui soit déjà mort naturellement. Je replaçai l’adolescent dans sa cage, où il alla se cacher sous une meute de coton que j’avais aménagé pour son confort.

Un autre du même âge se tua non loin de moi, ayant mal manœuvré son outil de transport. Cela arriva à point, c’est lui que je pris pour faire ma dissection.

Les jours passèrent rapidement, il me restait encore deux décennies de vacances, même si le reste de ma famille, commençant à tourner en rond, se sentant trop vite délaissé et exaspéré par ma nouvelle passion, écourta le séjour et rentra à la maison. Mon sujet dont je prenais grand soin, avait maintenant dix-huit ans. Je trouvai qu’il pleurait beaucoup, et je me demandai si je ne devais pas le relâcher parmi les siens. Mais il y avait encore une expérience à laquelle je voulais le soumettre, afin d’approfondir ma réflexion.

Des soldats de sa race, comprirent par le biais d’une déduction qui me surprit moi-même, que j’étais toujours présent sur leurs terres. En une année, j’étais parvenu à assimiler toutes les langues qu’ils parlaient, elles n’étaient pas bien difficiles. C’était d’autant plus épineux de réussir à les entendre, à les distinguer, sans mes appareils, tant ils étaient tous si petits. J’avais compris qu’un chef des armées s’était lancé dans un très court débat avec des scientifiques. Ces derniers estimaient que je ne leur voulais aucun mal, que j’avais seulement de l’embarras à les cerner, comme eux-mêmes ils en avaient à me cerner. Quand ils me fixent depuis leur télescope, moi je les observe depuis mon microscope. Mais le général ne voulut rien entendre, qu’importe mes motivations, qu’importe si c’était moral que l’homme découvrait ce qu’il faisait endurer lui-même à ce qui lui était inférieur, le tout était de protéger son espèce, et de se débarrasser de la nuisance, qu’il fallait de toute façon punir pour toutes les morts qu’elle avait semées. Il envoya ainsi ses troupes en éclaireurs, explorer mon périmètre, afin d’en préparer l’assaut.

Cela arrangeait bien mes affaires, je n’avais qu’à attendre qu’ils viennent vers moi, et me saisir de l’un d’entre eux. Je voulus sélectionner dans le tas, un jeune militaire à peine plus âgé que mon cobaye. Selon l’ethnie humaine, il était pour eux, lui aussi doté d’une grande beauté physique, mais pour ma part, je ne peux rien en dire de plus. Et comme pour le précédent, je le déshabillai, m’en emparai, puis le mis dans la cage de son congénère. Celui-ci n’avait plus vu un autre homme depuis pratiquement une année, ce qui pour lui représentait une éternité. Mais quand ils se virent, l’un en face de l’autre, la première chose qu’ils firent, de façon instinctive, ce fut de cacher ce qui était vraisemblablement leur appareil génital. Comme s’il fallait à tout prix que l’autre ne le voit pas. Pour les avoir analysés tous les deux, je ne voyais pas tant de différence entre celui de l’un et celui de l’autre. Je m’imaginai alors que dans leur société, celui qui avait le plus gros dominait forcément le second, et qu’ils préféraient autant ne pas avoir à le montrer pour éviter chacun de devoir se positionner par rapport à l’autre. Je trouvais très sage cette perspective, mais apparemment, il n’en était rien. Car si vite le temps passait, si vite ils finirent par abandonner leur pudibonderie. Peut-être pour faciliter leur cohabitation, peut-être parce qu’ils en avaient marre d’avoir à se dérober de l’autre, d’avoir à garder les mains plaquées contre leur bas-ventre. Mon expérimentation, quant à elle, fut un succès. Faute de ne plus avoir fréquenté quelqu’un pendant des mois, mon premier sujet tomba rapidement amoureux du second, cherchant chez lui l’affection dont il avait été privé jusqu’ici. Tout perdu qu'il était, il allait souvent - et de par son innocence, d'une façon adorable je dois dire - se refugier en son sein, comme si la chaire de ses membres musclés constituait pour lui un abri qui rassurait. Le militaire lui, était plus occupé à trouver une solution pour s’évader, et pour défendre son comparse. Mais le rapport relationnel n’était pas le même, il semblait d’ailleurs assez gêné par les avances d’un humain du même sexe. Il se dit que c’était du à l’isolement, qu’il ne fallait pas lui reprocher ses penchants, que tout le monde aurait réagi pareil à sa place. Personnellement, l’ayant celui-ci attentivement étudié avant de l’avoir saisi, je reste convaincu qu’il était déjà, sans se l’admettre, attiré par des garçons comme lui, et ce donc, avant même que je ne l’extirpe des siens. La claustration et la solitude l’auraient poussé à renoncer à ses préceptes, et à ce que ses pulsions sexuelles prennent le dessus dès lors qu’une compagnie inespérée se présente à lui. Pour affirmer ma thèse, je libérai le soldat, et laissa reclus mon sujet pendant encore une année.

Quant il atteignit les dix-neuf ans, je voulus me pencher sur une très belle fille de son âge et de sa culture – une mannequin je crois –, que je pus happer au bout d’une semaine. Une fois toute nue et dans sa cage, mon jeune humain semblait à son égard beaucoup plus embarrassé et beaucoup plus distant qu’avec le militaire. Son opposé féminin avait pourtant beaucoup de tendresse à son égard, surtout quand elle su qu’il était resté enfermé ici pendant deux années. Elle prenait grand soin de lui, mais lui ne se laissait pas border comme il le faisait lorsqu’il était le petit protégé de son dernier partenaire. Pourtant, elle finit par l’apprivoiser, sans jamais véritablement obtenir de sa part le moindre désir. Elle était pour lui, devenue comme sa sœur, rien de plus. Comme j’en étais persuadé, j’avais une fois encore, raison sur le fonctionnement humain. Il me restait dix-huit ans de vacances, mais j’estimai que ma pratique accomplie, je ne pouvais séquestrer plus longtemps mon cobaye chez qui l’existence était trop courte pour ne la vivre que nu et malheureux dans une cage. Néanmoins, en l’espace de ces deux ans qui pour nous ne représente qu’une poignée d’heures humaines, je m’étais déjà beaucoup attaché à mon jeune sujet, dans sa plus simple condition. Condition qui sans doute était la raison de ma sympathie à son encontre. M’en séparer déjà me faisait de la peine, mais ne voulant que son bonheur, je le replaçai parmi les siens, qui malgré sa nudité « gênante », l’accueillirent avec tant d’émois. Ils étaient tous heureux de se retrouver, alors que pour moi, ça ne faisait pas si longtemps que je les avais dégroupés. Attendri par cette larmoyante euphorie, je ne voulus plus poursuivre mes études sur les terriens. De toute façon, j’en avais sûrement assez vu, voir tout vu, pour avoir à passer le reste de mes courts congés ici. Vingt ans, pour des êtres comme moi, voilà qui est trop long, seulement deux suffisent à s’instruire sur la nature humaine, ils ne sont sans doute pas si compliqués qu’ils ne le croient, ou que leurs coutumes le leur font croire. C’est à l’image des petites bêtes, plus petites encore, qu’ils se satisfont ou se plaignent de pas grand-chose. Mais de ça, c’est à lui seul de s’en rendre compte.

Fin

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 21:27

Et pour conclure mes ébauches.. ma nouvelle dont je parlais sur le premier article les concernant. Elle n'a aucun rapport avec mon récit. C'est un travail que j'ai voulu préparer, pour me mettre dans la peau de la seconde personne que j'aime, mais de manière idéalisée bien entendu. Enfin non pas "idéalisé", l'histoire est idéalisée. Quoi que... d'un certain point de vu, Dieter ce n'est pas moi du tout, donc c'est pas joyeux pour moi. Enfin, je me comprends ! J'ai créé un personnage à partir d’un peu de la personnalité de la personne réelle que j'aimais (la rendant néanmoins fictive, tout comme la vie du personnage n’a pas + de rapport que ça avec celle du vrai garçon), pour.. aucune idée xD En fait, je sais plus trop ce que j'avais en tête à ce moment, ce que je craignais ou ressentais pour m'être plongé là-dedans, dans cette parallèle.

En parlant de parallèle, à cette époque, je rejouais à Majora's Mask, d'où certains clins d'oeils :p

Les trois jours précisément, l'instrument enchanté, l'allusion à la lune, et même les notes jouées, qui sont un thème du jeu. L'intrigue, et même la chose reste bien différente, mais j'ai pas pu m'empêcher de faire des liens XD

 

 

 

Nouvelle bonus : Jim & Dieter, pour toujours en trois jours

 

Je reconnais cette lune. Si elle est si effrayante, c’est que je la connais par cœur, sous toutes les coutures. Je peux même la dessiner sans la voir, je peux aussi la deviner avant même qu’elle ne se lève. Je m’appelle Jim, ou Jimmy pour lui. Mon histoire n’a pas de lien avec la précédente. Mon histoire s’est faite en deux-mille-onze. A jamais, en deux-mille-onze. C’était il y a quatre jours, j’ai apparemment ingurgité un aliment dans lequel s’était fourrée une bactérie nocive. Et aujourd’hui, je m’effondre, sous les yeux de mes proches qui croient tout d’abord à un vertige, pour finalement passer l’arme à gauche quelques instants plus tard. Jusque là, le drame. Un drame comme il y en a déjà eu. Je n’en suis pas conscient, m’étant évanoui, je ne sais pas que j’ai décliné, je ne me souviens que d’être tombé, alors que juste avant, je riais. J’ignore tout pour le moment, et j’ignore encore plus pourquoi aussitôt, je me réveille dans mon lit, trois jours auparavant. Nous étions jeudi soir, et me voici retourné à mardi matin. Je ne rêve pas, je reconnais les décors, je me remémore mes relations avec mon entourage, et effectivement, celui-ci se répète de nouveau. Je crois m’être catapulté en plein dans l’intrigue lambda d’un film que l’on a déjà tant vu et revu. Pourtant, lui, ce voyage dans le temps ne l’a pas affecté. Je parle de Dieter. Jusqu’à présent, il ne me l’a pas encore avoué, mais j’ai des doutes. Je pense qu’il m’aime. C’est un garçon, et moi par contre, je n’ai pas encore assumé mon homosexualité. Je la refoule, je ne veux pas y croire, alors loin de moi l’intention de faire un jour mon « coming-out ». Surtout avec la famille que j’ai. Attachée à des valeurs transmises dans leur ascendance, ne prenons pas la peine d’énoncer qu’en plus, beaucoup des miens sont croyants, voire pratiquants. Pour ma part, malgré leur éducation qui ressemblait plus à une initiation à devenir comme eux, à une initiation à croire comme eux, ma mentalité diverge largement de la leur, mais je préfère faire profil bas, voire faire semblant d’y cotiser. Je ne sais pas vraiment m’affirmer, surtout que là, je n’en vois pas l’utilité, alors qu’ensemble et dans la vie, tout va pour le mieux, sans embûches. Je suis peut-être hypocrite, faux jeton pour ceux qui attendent chez moi la sincérité que je n’ose leur léguer, mais je suis encore jeune. J’ai dix-neuf ans, et je me sens plutôt bien dans mon chez moi, je suis heureux, à l’aise dans mes souliers. Et quand je suis en quête d’évasion, j’ai juste à me complaire dans mes jeux vidéo. C’est sûr, je ne suis pas enthousiaste au maximum, parfois on me critique, ma bonhomie n’est pas constamment la bienvenue, « je suis fainéant », « je suis désinvolte », tout comme « réservé et trop prudent au point d’être irresponsable lorsque responsable je veux l’être ».  Je n’ai jamais eu de petite copine non plus, et puisqu’on me trouve mignon, ça suscite des questions. Personnellement, je ne suis pas de leur avis. Ça ne veut rien dire, j’ai toujours été célibataire parce que je n’ai jamais cherché à être en couple avec qui que ce soit. J’ai des amis, des passions, je suis comblé, je ne ressens pour l’instant pas le besoin de m’enliser. Et puis, physiquement, j’ai surtout l’impression d’être encore un gamin de quinze ans, alors en ce qui me concerne, ce n’est pas ça qui me valorise vraiment et me bouscule à en faire la démarche. Soulignons aussi le fait, qu’à mon âge, j’ai tout l’avenir devant moi pour découvrir la fille avec qui j’adorerais le partager. Tout ça donc, c’est ce que je m’imaginais. Revenons à celui qui m’aime en silence, alors que moi, je préfère ne pas m’en apercevoir, car au fond de moi-même, j’ai le sentiment qu’envers lui, je suis loin d’être indifférent. Dieter. Alors que j’ai du mal à saisir ce qui m’arrive, alors que je me demande si je n’ai pas été dopé, si je ne suis pas entré dans un délire causé par n’importe quel stupéfiant, lorsque je me mis à discuter avec lui, comme j’avais la réminiscence de l’avoir déjà fait, au fil de nos échanges, je constatais que lui, ne rabâchait pas ses mots comme tous les autres. Il entamait de nouvelles conversations, et j’en avais l’intuition, qu’il vivait la même chose que moi. Cela m’interpelle, mais je n’ai pas l’audace de l’interroger là-dessus, au risque de me tromper, au risque qu’il se moque de moi. Je choisis de laisser continuer les jours suivants, priant pour parvenir jusqu’à vendredi. J’en profite également pour tirer ce mystère à mon avantage. Je réussis avec brio mes contrôles, à la fac, puisque du coup, je savais à l’avance sur quoi ils porteraient. J’élude également mes conflits avec autrui que j’avais traversés lors de la première période de ces trois jours. Dommage, me dis-je, que je n’ai pas mémorisé les numéros gagnants du loto qui allait avoir lieu, j’aurais pu toucher la cagnotte !

La grande horloge sonne, il est enfin jeudi soir, et la brume enduit cette lune qui m’est encore étrangère. Je confesse que je ne suis pas réellement mécontent de cette seconde chance, qui m’a évité plus d’un pépin, m’ayant nuit la première fois. Mais je suis naïf, je suis stupide, car je crois avec la plus grande franchise que ce n’était qu’une étape passagère, qu’à présent c’était terminé, comme ça, malgré sa nébulosité, et que tout allait reprendre. Qu’il m’avait juste fallu me montrer patient pour conjurer le mauvais sort. Derechef, je m’effondre, derechef, je me réveille à l’aube de mardi dernier.

Je commence sérieusement à paniquer. J’ai peur qu’en réalité, le cycle de la vie perdure, mais sans moi, abandonné, tel qu’emprisonné pour l’éternité sur une distance de trois jours.

Lui aussi, il l’est peut-être ? En vitesse je me prépare, à peine je m’attife, et je cours. Je cours freiner, je m’enfuis, en marge des rudiments de mon existence. Je drope mon univers, ce théâtre qui tourne en rond, qui tourne en boucle. Je me stoppe par accident devant chez Dieter. Par accident ? Je n’en sais plus rien, peut-être était-ce volontaire. Je ne savais plus où aller pourtant, ou alors, n’est-ce là qu’uniquement ce que moi je me garantis ?

Je n’en connais pas la raison, mais j’hésite avant de frapper. En fait, je ne frappe même pas. Après être resté immobile pendant des minutes que je n’ai pas voulu compter, la porte s’est ouverte d’elle-même, m’extirpant de l’effervescence qui me tétanisait. Monsieur le père de celui que j’étais venu chercher est sorti prendre le courrier. Timoré, c’est en louchant sur ses pieds, que je lui demande à voir son fils. Il me répond que celui-ci savait que je viendrais, que celui-ci s’est absenté, que celui-ci a laissé une lettre pour moi, qu’il me remet aussitôt. Je sors de mes affres, je ne suis plus hagard, c’est même bizarrement l’inverse. Serais-je soulagé de ne pas l’avoir vu ? Mais mon anxiété ne tarde pas à ressurgir, lorsque je lis « Rendez-vous au sommet de la petite colline qui domine la ville, à huit heures de la nuit du troisième jour. ». Je ne sais pas si mon trac a pour racine de savoir qu’il est dans la même condition, ou qu’il me donne rendez-vous dans un milieu isolé, là où il n’y aura probablement que nous deux. J’attends donc « le troisième jour », mais je n’arrive pas à adhérer avec autant d’engouement à ceux qui le précédent, comme je l’avais fait antérieurement. Je suis préoccupé, j’essaie de supputer sur ce qu’il m’apprendra, ce qu’il me voudra, tandis que paradoxalement, je tente à tout prix de m’en divertir, de l’évincer de mes réflexions. Vu ma situation, impossible ; compter sur le contraire, c’est que là encore, je fais preuve d’ingénuité.

Je ne suis pas très mature, je ne l’ai jamais nié, lui il l’est certainement plus que moi, assez du moins pour me guider. Je m’invente des raisons de me dérober de lui, pourtant, la plus véridique, me trotte en tête. Sauf que j’appréhende que ce béguin que j’ai tant de difficulté à m’admettre, n’ait aucune réciprocité, que je me fais des illusions sur le sien, et qu’en conclusion, il me perçoive comme quelqu’un de malsain, de pervers. Les préceptes de mes parents ont après tout quelque peu débordé sur les miens. C’était à anticiper, ils m’ont quand même éduqué à leur manière, avec la volonté de m’inculquer leurs doctrines, pour que je sois des leurs.

Je talonne, un deux vers l’avant, mes pas s’animent, cinglent le sol, se décontractent, s’écartent d’eux-mêmes, et voilà qu’ils s’accélèrent, au rythme de mes palpitations. Je ne sais plus pourquoi je vais, où je vais, mais à peine ai-je franchi le parvis du point de rencontre, mes chevilles s’affolent et déraisonnent, ma marche éperonnée se ralentit puis se stoppe. Pourquoi ? Je l’ai déjà tant fréquenté dans le passé !

Debout, adossé au sépulcre vacant qui juche et surplombe le panorama, il m’attendait peut-être depuis plus longtemps que je ne pouvais le présumer. Aux premiers abords, il fait le zouave, une flûte à la main, il danse les notes qu’ils lui viennent en tête, sans aucun schéma construit.

Il a toujours été assez excentrique, et moi, c’est tout l’opposé. J’oscille encore, par crainte de déranger, même si c’est lui qui m’a convié jusqu’ici, je redoute de l’affronter. Non pas que ça soit ses réactions qui me fassent languir, ou sa façon de m’accueillir, mais j’ai tellement d’embarras à le cerner, qu’avec lui, je sens que je pourrais facilement me hasarder dans un dialogue épineux. Il n’est pas comme les autres, je n’arrive pas à jauger son taux de susceptibilité, je n’arrive pas à deviner quelles sont les bonnes pincettes par le biais desquelles je pourrais le soulever.

Pourtant, c’est mon devoir. Trop tard, c’est lui avant moi, qui a su prendre l’initiative de m’accoster. Ses guiboles rampent comme la mort au-dessus du regain, cependant, c’est un espoir adipeux qu’il s’apprête à me dérouler, à m’allouer. Qui transperce les replets de l’obscurité, alors que dans son intégralité, le soleil vient de se coucher.

« Tu as la berlue ? me sollicita-t-il avec placidité. Je n’aurais pas pu suspecter te faire autant d’effet ! »

Je voulus le contredire sur le ton de la défensive, mais je ne réussis qu’à mâchonner quelques onomatopées insignifiantes, n’ayant pas même le luxe d’émettre la plus fine consonance qui soit.

Il avance, doucement, avec le bout de ses ongles, empoigne celui de mon menton, le rehausse, lui qui flanche vers le bas, promulguant ma timidité, esquivant son regard. Le tout avec tant de cette suavité, et, attendri, je me laisse manœuvrer. Ma discrétion chavire, je détecte en son rictus, dans le creux de ses mirettes, l’éclat d’une vague émotion, qui intensifie la mienne. Mes pupilles tressaillent, inexplicablement, j’ai envie de pleurer. M’a-t-il pénétré ? L’a-t-il décelée, ma commotion intérieure ? Facile, ma confusion est évidente, d’ailleurs, peut-être étais-je en train de rougir, peut-être étais-je en train de frissonner plus que je n’y faisais attention. Voilà qu’il se mit à tisser ses mains habiles le long de mon t-shirt, caressant et arpentant de ses doigts le fantasme que lui inspiraient mes coutures. C’est que, bouillonnant n’ai-je eu le temps de calculer, mon t-shirt, il l’avait retiré. J’abandonnais mon torse à ses lèvres, tandis que sa pesanteur m’étendait sur l’herbe, tandis que ses baisers, vaquaient de mon nombril jusqu’à mes épaules, gargarisant mes troubles de sa foudre, m’inclinant à l’éréthisme que tout en moi j’avais comprimée. Choc passionnel, c’est une rosée particulière qui vint chatouiller mon corps entièrement dénudé. Je m’engourdis dans le confort qu’elle me prodigue, jouis de la sentir s’amarrer et emplir mes papilles gustatives. Mais voici que subitement, sa semence s’étanche et se tarit. Que se passe-t-il ? Aurais-je désiré lui demander, si j’avais eu le gré de me rehausser le cou.

Il se rhabille d’emblée. Moi je suis bien ici, ainsi. Il me somme d’en faire de même, immédiatement.

« Pourquoi ? insistais-je au détriment de mes bonnes habitudes.  Pourquoi nous arrête-t-on-nous ? Il n’y a pas un chat dans les parages. Je te suis propice en totalité, pourquoi là maintenant, est-ce toi qui recules ? »

Il empauma mes bobettes balochant sur le gravier, et me balaya la figure de leur envoie, comme pour m’ordonner de me culotter.

« Nous avons oublié de bavarder de nos balades rétroactives. Préalablement, c’est pour résoudre ce sujet, que tu as exceptionnellement calotté les tiens jusqu’à moi, je me trompe ?

-          Je… je n’en sais plus rien…

-          Bien, qu’importe… Je dois tout de même t’élucider sur certains points… Je veux que tu t’y retrouves dans toute cette fuligineuse affaire. Ces retours-en-arrière c’est moi-même qui en suis auteur, c’est moi qui les déclenche. »

Cette info m’éclabousse, serait-il en train de me piéger ? Je ne parviens plus à neutraliser les remous de mes prunelles écarquillées. J’étais encore les fesses nues assises dans le gazon, déconcerté, j’y préservais ma position. Juste l’air chaste qui abjurait la lubricité de mon thorax dégoulinant. Ma suinte et ma fougue, se rafraîchissaient dans l’auster de ce second climat, néanmoins, je demeurais là, dévêtu et déployé sous son nez. Bras et jambes espacés, comme si je lui étais toujours disposé, en dépit de sa malveillance. Dévoyé, je nageais en pleine aporie. Sauf que de la malveillance, ça n’en était pas, il allait vite me l’annoncer, et d’un autre côté, ça allait davantage me désorienter, m’accabler. L’uppercut qui m’écrase, qui de plus belle m’ankylose sur place.

Dans quelques dizaines de minutes, s’il ne rectifie pas la donne, je serais défunt pour de bon. Si le frimas s’immole, si la risée se calcine, moi, je commence à avoir froid. En plein centre de l’obscurité, l’écoutant raconter, raconter. Comme si les minutes jamais ne lui étaient imparties, alors que nous étions pressés.

Me narre sa chronique, son deuil au faire-part de mon décès, l’apparition d’un démon, lorsqu’il frisait le plus noir des ténèbres. Ajomar qui lui proposa sa flûte enchantée, Ajomar qui le persuada d’un transport vers le passé, à la proche époque de laquelle je faisais encore partie des leurs. Lui certifia que nos deux consciences perceraient cette reprise en arrière, y étant à l’origine. Toutefois, on ne sait si c’est le fruit de la sournoiserie de ce monstre, ces revers n’admettaient pas mon sauvetage, ne me dispensaient pas du trépas. Que pour que son ariette fasse effet, elle avait besoin de recharger sa magie sur une durée de trois jours avant utilisation subséquente. Or c’est à midi le lundi, que j’aurais mangé ce poison, déjà avalé par mon estomac et même digéré. C’est donc trop tard, il n’y a plus qu’à reconduire sans trêve mon âme vers son corps à trois jours avant péremption. Voilà que je n’ai plus rien d’ordinaire, comme le promettaient mes repères, je deviens condamné en sursis, sous la vigilance du seul qui sait, celui qui veut absolument me maintenir, raccroché à une existence agitée, spéciale, hors marge… hors du futur que je m’étais présagé, celui qu’avec les miens et la société, j’avais tant organisé, sachant où j’allais, sûr qu’il n’y aurait pas le moindre rebondissement, dans le moule, à l’abri des péripéties qui nous font défaut. Mon apogée est en décrue, autant que le sont les aiguilles de ma montre, pour ma survie. Dans le déni, puis nostalgique, je ne profiterai plus de la vie comme avant, je ne verrai chez mes amis plus que des automates en pleine simulation, qui ne sortiront plus de ce que moi je finirai par comparer à un rabâchage de leurs impressions, un script récité, un scénario qui sous mes yeux se jouerait en ritournelle. Je ne prendrais plus non plus mon essor, mais au fond, me développer comme enseigné me semble ne plus être que futilité, billevesée, en un cadre purement académique. Je ne suis plus rien, et à plus rien je n’ai de nécessité à me conformer. Surviennent en moi d’autres priorités, priorités qu’il a également me concernant.

Me nouant au cou une pendeloque, conçue à partir d’un morceau de son instrument, il me lie à lui, m’incite à siffler dedans, pour qu’après réinitialisation, mon ode l’invoque et m’aimante à lui à chaque bon vouloir.

Emu par son discours, ému par sa personne, pour cette fois je concède, à ce qu’il décide de ma destinée, à ce qu’il joue son menuet, pendant que je m’amenuise, au pied du menuisier qui domine la vallée, qui domine le vierge mausolée. Mais ce même jeudi prochain, je prévois de lui suggérer d’arrêter. Je ne prends ces trois jours, que pour me préparer convenablement à partir, et faire mes adieux aux miens.

Lui, impavide, il dégaine sa diaule, pépie les notes qui résonnent de l’éther jusqu’à mon cœur, qu’hélas d’ailleurs, bientôt je connaitrais par cœur. Mi fa ré mi fa mi…

Dès ce préambule, à nous s’ouvre un portail inter-dimensionnel. Peut-être créons-nous un univers parallèle, duquel je ne me suis pas encore éteint, et dans lequel nous nous rendons ? Non, ce n’est pas parce que je ne comprends plus rien, que je dois renchérir avec de la mauvaise science fiction.

Mi mi mi fa, mi mi mi ré, la la la... Il sait se débrouiller, il est doué, ça c’est le refrain. Quand il retentit, le passage se dégage de ses borées, comme pour nous aspirer. Mais en réalité, c’est ce qui nous agglomère, qu’il aspire, qu’il réamorce. La nuit se renverse, tout devient blanc, si ce n’est que pour nous, éblouis par la lueur de cette issue que nous ne voyons même plus, comme lointains, le cyclone qui déferle sous nos pieds nous paraît calme et indolore. Nos pieds… anesthésiés, je ne les tâte plus eux non plus. Sont-ils encore là ? Je ne perçois plus rien.

Puis plus aucun bruit, sinon un vaste souffle qui mugit à l’horizon, peut-être le râle de ces trois jours qui en conclusion, sauf pour lui et moi, n’auront jamais existé.

Révisés et réajustés à leur « point de départ », les sept heures du mardi matin tintent des pendules de mon jaquemart. Réveil ou résurrection, bis. Je ne suis plus nu, ni même en sueur, ni même en transe. Seulement dans le cirage, mes paupières à peine barbouillées, font mire sur mon pyjama délavé.  Ensablé aux confins de mes draps douillés, je vacille et titube. Dois-je me lever ? Mes volets claquent, les premiers rayons de soleil se plient jusqu’à mon lit pour venir me courtiser, et moi, je respire la brise de cette aube que par deux fois j’ai déjà humée. Le micmac d’hier est en fait celui de demain.

Ma mère tambourine au bran du coq, m’huchant dans le but de m’extraire de mes oreillers, elle n’est pas au courant, que je savais qu’elle rappliquerait. Que je savais mot à mot ce qu’elle allait crier. Me dépouillant de mon chemisier, je fais tilt sur le pendentif qui de mon cou rejoint ma poitrine. Celui que Dieter allait m’offrir ultérieurement, il était déjà là, nidifié sur mon sein, enlacé à mes mamelles. Je souris, instinctivement. Moi qui n’en avais plus de raison. Même, je jubile. Guignant le filin qui dévale lentement mes parois pectorales, je me repasse nos plaisirs entrecroisés de ce qui me semble être la veille. Trois jours, c’est si peu… pour à la fois me séparer correctement de ceux que j’aime, mais aussi à côté me repaître, en sa compagnie si possible de ce qui serait mes derniers ébats.

Maman, curieuse de mon absence en bas, s’est doucement infiltrée dans ma chambre, me cueillant ainsi distrait, en sous-vêtements qui plus est.

Je garde un œil sur mon cadran, les minutes me sont précieuses, et m’avance promptement vers elle. Je la serre dans mes bras, comme jamais je ne supposais l’avoir fait. D’abord ma chaleur l’empourpre. Elle le sent, je ne suis plus un petit garçon comme je l’étais encore il y a une semaine, je suis un homme.

Elle pense que je badine, ne sait pas trop ce qui me prend, mon câlin la fait rire. Mais je l’ai capté, c’est quand même ma mère, qu’elle l’a flairé, qu’elle soupçonne que dans ma tête gamberge quelque chose de pas normal. Couarde comme je peux l’être, plutôt que de me le demander, elle quitte la salle de son air perplexe, me laissant tranquillement me doucher et m’habiller.

Aujourd’hui il n’y aura pas de bachotage, aujourd’hui il n’y aura pas de sorties entre potes, aujourd’hui je ne ferais pas mon geek pendant toute l’après-midi derrière mon ordi. « Aujourd’hui », alors que mon carillon fait clic cloc tic tac, je veux qu’il défile vautré auprès de celui qui dans un futur antidaté, fut le seul pour qui j’ai été sa « mignonne brebis amoureuse », ou encore « son choupinet-lapin ». C’est comme ça qu’il m’a surnommé, lorsque nous avons eu des rapports ensemble.

Pourquoi suis-je en carence, au point de vouloir reporter à plus tard mes « au revoir » ? Curieux et regrettant de l’être en même temps, ou regrettant que la curiosité n’ait jusque là jamais été dans mon tempérament ? Il s’est penché à ma hauteur, son museau a effleuré le mien, et voilà que tout en moi, semble différent. Vers lui j’arpente mes pas, sans avoir recours à son chandelier, car maintenant, je sais où il est, où je peux le trouver. Pas bien loin. Dorénavant, il y a des couleurs qui sont les nôtres. Pourtant, je demeure incertain, moi Bélier, puis-je concrètement collé avec un poisson si marginal ?

« Pourquoi cette rhétorique ? Si pour toi, l’astrologie existe, si les étoiles déchiffrent nos vies, c’est que tu crois en un destin hiératique au-dessus de l’homme.

-          Bien sûr que non, je ne suis pas crédule à ce point ! »

Bien sûr que si, mais j’étais trop penaud pour le lui avouer, même si je sentais pertinemment, que jamais il ne se moquerait de moi, que jamais il ne me jugerait.

« Un… j’ai précisé « un »… Tu m’avais dit une fois, quand tu avais perçu que je n’étais pas disposé à revendiquer ce que j’étais… que ce n’était pas à moi d’avoir honte de l’homosexualité, mais que c’était à l’homosexualité que moi je faisais honte, par mon comportement poltron vis-à-vis de ma nature, de mon identité sexuelle. M’interdire d’être, déplorer être… c’était ça, la véritable turpitude qui se devait de me révulser… »

Il fronce les sourcils, de par sa longueur d’avance, il s’attend déjà à la révélation. « Bonne pioche ». Encore une fois, je suis tout ce qu’il y a de plus concevable.

« Partons, couinai-je crâne baissé. Passons la nuit ensemble.

-          Tu ne devais pas rentrer au bercail pour le quitter comme il se doit ?

-          Ce n’est pas par égoïsme, mais je n’ai pas besoin de sacrifier ces trois jours pour le quitter comme il se doit. Je les ai aimés pendant dix-neuf ans comme il se doit, alors que toi… et puis, je sais que je ne rate rien cette nuit. La visite surprise de ma grand-mère, celle qui nous compare et évalue sans cesse entre nous. Je n’ai pas d’estime de moi, rien à prouver, je n’en ai pas besoin, je vis comme je suis, mais être critiqué, c’est toujours désagréable.

-          Dis-toi qu’elle n’est que de ce genre de personne creuse et isolée en son fond, qui, n’ayant rien pour elle-même, préfère être arbitre d’autrui. »

Elle a ses bons côtés, également. Mais je n’avais pas envie de la défendre, ni d’ailleurs de parler d’elle plus longtemps. Il m’ouvre ses ailerons, et moi, je discerne comme une goutte de joie qui serpente et pince mes globes oculaires. Un zest de bonheur par surcroît, qui sillonne la vêprée, en vogue dans mon moi, mon béguin d’hier se régénère. Qui guette notre nous, et cille en sa direction. Cille deux ou trois fois, l’instant de m’enivrer, coûte que coûte, l’instant qu’un jet d’adrénaline empaille mon orgasme, coûte que coûte, que je ne me retienne plus de rien, que je me brusque jusqu’en son buste. Que je clame salut à la promiscuité qu’il y avait entre nous, et bonjour proximité, bonjour gémination. Que je souhaite, et que je te souhaite, que je nous souhaite. Je te toi, je te nous. S’il te plaît, qu’il me plaise, que j’infiltre ta sphère, que la mienne se renverse. Que tu me gardes sous ton ciel, l’ensemble de mon échéance. Mourir dans un je t’aime. C’est tout ce qui compte, désormais.

Rallonge-moi sous ton toit, si ce n’est rien que sous ton toi, laisse encore pieuter tes mains à mon abdomen, abdique-les à ma pulpe, jusqu’au bout, et qu’aussi se réitèrent nos tendresses, sans s’interrompre cette fois, sans que ma voie d’extinction empiète sur celle que j’octroie à notre fornication. Que je te sois tiens, et que ta chair emmaillote la mienne. Je n’y crois plus.

Si beuglent les cloches entichées à ma perte, tout ce que j’attends ce soir, c’est que tu sois la flamme de mon dernier cigare, ou que ton dernier cigare me confère la crème de sa lampée. Eblouis-moi sous tes draps, toi, facteur de ma rémanence, je t’appartiens, je suis à toi. Je n’y crois plus, je ne suis plus moi ; si j’ai évolué.

« Profane-moi. »

Je me sens seul, je me suis toujours senti seul. Je n’étais pas comme tu l’imaginais. Replié, parmi les miens je m’ennuyais. Si j’étais comme eux, si j’étais apte à être sociable, ce n’était pas ma priorité. Car si j’étais comme eux, je ne trouvais pas être des leurs. Mais, actuellement tributaire de ta boîte à malice, c’est différent. J’aime, que tu ratisses mes plaies, que tu me laisses me tapir au creux de ta personne, toi qui me picores, toi qui me picotes, toi qui me picoles. Dis-moi, que tu tiens à moi. Tu souris, en réponse à mes effusions. Bien sûr, que tu tiens à moi. Tes bras réquisitionnent mon pelvis, et, au paroxysme de ma débauche, s’arrangent à raser le duvet de mon bas-ventre, jusqu’au chambranle de mon être, que, dans son efflorescence, ta verge se préconise d’atteindre, d’introduire. Pour la seconde fois. Alors que de son côté, la mienne, ce sont tes lèvres qui l’enfilent, qui la bécotent. Et ça dure, ça dure trois jours. Trois jours que nos peaux se submergent, et s’emmêlent. Trois jours que je t’aime sans faiblir. Trois jours, accolé à ton toi, jusqu’en ton toi. Mutuellement.

Tes baisers s’émoussent de mon cou, c’est l’heure. Et je n’ai pas su, me consacrer aux autres qu’à toi. Me conseillerais-tu une énième vadrouille dans le temps ? Et bis une énième par la suite ? Pour m’empêcher de mourir, tu prives les saisons, tu prives le monde entier de continuer à vivre.

« Qui s’en rend compte, de quoi que ce soit, à part nous ? Si déjà je te perds, alors que l’on commence tout juste à s’aimer… ne laisse pas ces instants être d’autant plus regrettés que savourés, encore… Je ne veux pas que tu meures, je n’ai pas joué toutes mes cartes. Permets-moi d’établir un antidote pour ne pas que ton anatomie décède ce jeudi. Si de ma faute, la médecine ne peut plus progresser, car pour nous, à chaque retour en arrière, elle régresse, si je n’ai pas acquis assez de connaissances, j’étudierai, je chercherai. Que cela prenne des années à nos âmes, je l’obtiendrai, ce remède qui te sauvera. Et nos existences reprendront, heureuses, ensemble. »

D’accord. Délie mon bassin du tien, et va, entonne ta mélodie, rembobine les minutes sur le fil de leurs doléances. Tu as mon feu vert, j’ai confiance, tu sais certainement mieux que moi, après tout.

« Détèle-moi d’abord de ce piédestal qui n’est pas le mien, me chuchote-t-il. »

Dans un dernier rictus, mes dents se verrouillent au modèle de mes paupières. Se déploient à l’inverse de ce qui ploie en moi. J’aurais encore voulu lui parler. Lui qui m’alite délicatement parterre pour ne pas que je m’y assène, prenant soin de mes dits « derniers soupirs », il va devoir supporter d’assister en outre à ma ristourne. Il sait qu’on se reverra, mais ça lui fait mal quand même. Déjà il pleur, me patouille le crin du crâne, je sens ton épiderme mollir au-dessus de mes cils, qu’elle clôt prestement, au même instant que ta langue, se froissant à mon oreille de givre, cane à me murmurer les dernières paroles que dans cette vie j’entendrais :

« A demain, à avant-hier. »

Rebelote, mon corps est à nouveau immaculé. Même rengaine, en permanence. Dans mon corps d’ado, dans nos corps d’ados, tous les deux, durant tout un siècle. Ce siècle de quête et de dilection, à la découverte de ce fameux antidote. Finalement, nous l’avions bien vécue, notre idylle, notre longue vie ensemble et heureux. De façon intemporelle, sur un intervalle de trois jours infinis, étrennés chaque fois comme à la première fois. Vois-je l’intérêt d’un deuxième siècle à regarder s’épanouir et s’évanouir ? Je t’aime tellement, que je souhaiterais me perpétuer jusqu’à ce que toi tu en perdes le goût, mais je suis fatigué. Je ne conçois plus de renouer avec mon quotidien « d’antan » comme si de rien n’était. Je ne suis plus jeune, loin de là. Si mon apparence semble persister l’être, mon âme a grandi, mon âme a vieilli. Pour toi, c’est la même chose. Nous avons déjà vécu, déjà un vécu. Pourquoi recommencer à zéro ? J’adore notre parcours, je ne veux pas en redémarrer un autre, je ne veux pas, d’autres batailles sur notre chemin, comme un simple remake qui ne saurait être une suite. S’est décidé l’apothéose de ces trois jours, à courir à contre-sens, pour se libérer du temps et des regrets. Sans jamais de pénitence, nous avons bien profité de notre béatitude, de notre sort. C’est le moment de revenir à la réalité, et pour moi, de partir « de ma belle mort », d’accomplir ce destin que j’ai trop pris la peine d’esbigner. Demain, ceux qui me plaindront, n’auront eux pas même traversé la moitié de ma longévité.

La la la, la si sol la, ré ré… Un air qui ne me manquera pas. Cette partition, celle qui est à toi. Vas-tu la chiffonner, vas-tu respecter mon choix, vas-tu dans un dernier baiser, me rogner un « bonsoir » au coin de la joue ? Tandis que le démon Ajomar se niche dans la fosse de ton instrument, prêt à faucher nos mânes dans ce qu’il prévoyait être ton hymne ultime, toi, tu balances ta flûte, la révoque avec son monstre, qui unis, plaqués à la chute que tu leur concèdes, se pulvérisent au sol. Se brisent en miettes, et brisé est aussi notre refrain, qu’alors le calendrier recouvre son cours, son rythme initial. Qu’alors, je scelle mes yeux, pour de bon.

Inutile de cajoler ce semblant de ma véhémence, cette larme qui coule, baigne et se répand sous mes cernes n’est autre que la tienne. Je t’en prie. Ne reluque pas si tristement ma dépouille, tes pelotages j’ai su les savourer sans retard, elle, elle n’en a pas besoin. C’est ainsi que toi de même tu l’as saisi, que tu n’es plus non plus de cette ère, et voici que peu après ma fin, tu te déchires les veines à l’aide d’un tranchant, reste de ta fifre, membrane de notre rémission, symbole et point de nos allées-venus. Et pour ce geste, je te comprends, et je ne t’en veux pas. Toi à ton tour, assoupi sur ton lit d’herbes mortes, auprès de moi bien patient, jusqu’à ce que, nos mutismes éternels raflés par les douze coups de minuit, nous étions enfin, tous deux effacés, ensemble, pour toujours, jusqu'au bout.

Fin.

 

Me connaître, moi et ma vision des choses, un peu mieux en dehors de les lignes de mes écrits

 

  Alors vous vous demandez peut-être après tout ça, quelle est ma personnalité. Je suis jeune, je ne sais pas tout, mais je nourris la conviction que vivre est plus utile que de savoir. Je vais y aller avec mes mots, sans trop m'attarder sur la syntaxe à l'inverse de pour mes écrits, donc désolé si vous avez du mal à me suivre, en plus je suis creuvé ce soir. xd
Tout d'abord, je ne donne aucune spiritualité à ce monde. Au fil du temps, j'ai remarqué que moins j'en donnais, de cette spiritualité, plus je me sentais léger. Je suis quelqu'un de nature timide, parfois même distant, je ne dis pas que je ne prends jamais à coeur quoi que ce soit, c'est même parfois le contraire. J'ai des sentiments forts, ça c'est une bonne chose si on sait les gérer. Moins bien, ce sont mes ambitions frivoles, qui parfois m'arrêtent, mais que je finis par balayer rien qu'en ne me focalisant sur autre chose.
J'en ai eu des conflits à cause de ça, mais j'aimerais tant ne plus avoir à entrer dans ce type de jeu, qui au final ne repose pas sur les mêmes notions que moi je leur attribue, mais juste sur des histoires lamentables de pouvoir, d'orgueil et de compétition, longueur d'onde sur laquelle je ne suis pas quand moi je n'ai cherché au contraire qu'un brin de justice, de compréhension, de beauté, qui même elles au fond n'ont pas lieu d'être. Déjà, vous l'avez compris, je ne crois pas en le quotient intellectuel. Je pense que sauf déficit iné, nous avons tous les mêmes capacités, seul diffère notre potentiel de les développer, et de les exploiter. Mais ce potentiel ne dépend pas de notre cerveau au stade initial, mais de comment nous avons évolué, de nos expériences, de notre vécu, parfois même d'une personne, d'un événement.
Pour moi, les sentiments de supériorité ou autres puérilités, n'est encore qu'une fabulation que l'homme a mis en place pour se positionner par rapport à son prochain. Parce que l'homme a ce besoin maladif de s'identifier, de se placer. Il se sert de tout ce qu'il a pu inventer, comme la morale, comme les principes, comme les statuts. Tout ça pour échapper à la vision, de n'être rien, rien de plus que ce qu'il n'espère être. Que l'homme n'est pas un Dieu, que l'homme n'est pas le centre de l'univers. Et que comme toute trace de vie, il n'aura pas de traitement de faveur, et disparaîtra au moment de sa mort.
Ce qu'il ne peut pas accepter, parce qu'il se veut à tout prix éternel, parce qu'il considère mériter plus de sens à son existence que tout autre être vivant. Il se cache derrière les illusions, s'emprisonne dans sa vie en espérant le meilleur pour ce qui la suivra, alors qu'en fait, c'est de sa vie actuelle qu'il devrait surtout se préoccuper. Je respecte leurs choix, mais les désapprouve, nous sommes dans les mêmes conditions, pourquoi donc se cracher dessus ? Nous avançons tous vers ce qui paradoxalement nous terrifie, nous voulons tous savoir ce qu'en fait nous ne voulons justement pas savoir. Parce qu'on vient du néant, et qu'on retournera au néant, qu'en fait, la vie n'aura été qu'un passage, qu'une expérience, peut-être même inutile.
Alors dans ce cas, pourquoi vouloir absolument lui trouver, ou nous trouver une valeur, quitte à ne même plus penser à en profiter ? A quoi bon se renfermer, à quoi bon ne pas oser exister, quand on sait que de toute façon, notre existence n'est que peccadille. C'est obscur de le dire ainsi ? C'est pour moi seulement réaliste, et tant pis si pour beaucoup, la réalité c'est le mal. Ce n’est pas pour autant que je vais me libérer de toute conscience, que je vais vivre sans me soucier pleinement de ce qui m’entoure car « à quoi bon », non ça, ça serait nuire. Et comme je l'ai dit, je ne suis pas seul à être dans cette confusion, parce que je ne suis pas le seul homme à vivre, mais, cependant, je ne m'empêcherais pas pour autant de faire ce que j'ai envie de faire, je ne m'enchaînerais pas par crainte de ce que des personnes apeurées par la vie-même en pensent, et je ne me contenterais pas en fonction d'idéologies d'individus ayant abusé de leur influence, pour assurer une après-vie qui n'est que refuge de notre refus, d'accepter que notre mégalomanie est infondée, d'accepter que nous ne sommes pas éternels. Je m'y suis résigné, et je vis sans poids inutile. Et si jamais je meurs, eh bien tant pis, je ne serais plus là pour m'en plaindre.

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